Utiliser votre pensée pour épargner plus

Nous dépensons souvent notre argent de façon irrationnelle. Cela ne devrait pas poser problème. Claudia Hammond, auteur de ‘De kracht van geld’, nous explique comment tirer proft de vos biais cognitifs.
  • 07 juin 2018
Utiliser votre pensée pour épargner plus
Claudia Hammond

Claudia Hammond

psychologue

Vivons-nous tous au-dessus de nos moyens?

Lorsqu’il s'agit d'argent, nous croyons pour la plupart d'entre nous que nous sommes meilleurs que la moyenne pour repérer les bonnes affaires. 

Vous avez peut-être déjà remarqué que cette affirmation pose un problème : une moyenne implique que certains d'entre nous doivent se situer en dessous de celle-ci. Nous ne pouvons pas tous être les meilleurs. Pourtant, nous avons tendance à croire que nous sommes exceptionnellement bons.

Il en va de même pour la conduite automobile : nous pensons pour la plupart d'entre nous que nous sommes des conducteurs au-dessus de la moyenne. C'est ce qu'on appelle l'effet Lac Wobegon, du nom de la ville fictive créée par l’écrivain Garrison Keillor, dans laquelle ‘toutes les femmes sont fortes, tous les hommes sont beaux et tous les enfants sont au-dessus de la moyenne’. Or il n'est évidemment pas possible que nous soyons tous au-dessus de la moyenne. 

Tirer profit de nos biais cognitifs

Ainsi, nous ne sommes pour la plupart d'entre nous pas aussi doués pour gérer notre argent que nous avons tendance à le penser. Mais il ne faut pas désespérer, car les résultats de la recherche psychologique peuvent nous apprendre à mieux utiliser notre argent, en exploitant les biais cognitifs que nous avons déjà. 

On entend souvent dire que les humains sont irrationnels (et c'est parfois vrai), mais ces irrationalités sont souvent prévisibles. Elles découlent de raccourcis mentaux qui sont utiles la plupart du temps, mais peuvent parfois nous induire en erreur. C’est ce que les psychologues appellent les biais, mais pas dans le sens de biais délibéré ou injuste. Nous ne faisons rien de mal. Il s’agit simplement de la façon dont notre pensée est mise en place afin de nous aider à gérer les situations rapidement. 

Utiliser ces biais à notre avantage nous permet de mieux gérer notre argent, en nous dupant nous-même pour épargner plus et dépenser moins. Nous nous connaissons mieux que nous ne le pensons et avons parfois simplement besoin de nous pousser un peu plus loin dans la bonne direction. 

Calcul mental

Dans cette série d’articles, nous allons voir comment procéder. Et je commence dans ce premier article par ce qu'on appelle les ‘comptes mentaux’, un terme inventé dans les années 1990 par l'économiste comportemental Richard Thaler. Ce sont les comptes bancaires de l'esprit, des compartiments mentaux pour notre argent. Ils ne sont jamais notés et probablement même jamais nommés, mais les faits montrent que ces comptes mentaux peuvent même influencer les décisions que nous prenons au sujet des dépenses et de l'épargne. 

Nous aurions un compte imaginaire pour le transport, un autre pour les biens de première nécessité comme l'électricité, un autre encore pour la nourriture, les vêtements, les sorties, les cadeaux pour les autres, les petits plaisirs que nous savons que nous ne devrions pas acheter, mais que nous voulons acheter quand même. Ces comptes ne sont pas réels et ne comportent même pas de montants exacts, mais ils ont un impact sur notre façon de penser parce que nous avons une idée de la somme que nous pouvons dépenser pour chaque compte.  

Un euro ne vaut pas l’autre

Cela peut sembler étrange, mais les faits indiquent que la plupart d'entre nous le font. Le professeur Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie comportementale, m'a donné cet exemple. Une femme a payé pour deux bonnes places au théâtre, mais ne trouve pas les billets lorsqu’elle arrive sur place. Elle vide son sac, mais ils sont introuvables. Or ils étaient plutôt chers. Va-t-elle utiliser sa carte de crédit pour en acheter d'autres ? Neuf personnes sur dix auxquelles on pose cette question répondent par la négative. 

Mais imaginez maintenant un scénario légèrement différent. Cette fois, la femme a retiré de l'argent au distributeur pour acheter les billets à la billetterie. Lorsqu’elle arrive, l'argent a disparu. Va-t-elle utiliser sa carte de crédit pour en acheter ? Avec ce scénario, plus de la moitié des gens répondent maintenant qu'ils vont acheter des billets, même s’il n'y a qu'une différence subtile entre ces deux scénarios. Quelle que soit la façon dont vous envisagiez les choses, elle doit décider si elle doit payer les billets deux fois ou non. La seule différence est que les billets originaux avaient été achetés mentalement à partir d'un compte ‘sortie’ et qu'une fois perdus, on avait l'impression que l'argent avait déjà été dépensé. Mais l'argent liquide provenait du compte mental ‘dépenses générales’, de sorte que le dépenser deux fois ne semble pas si grave.

Tous les euros que nous possédons devraient avoir la même valeur, mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne dans la pratique.

Tous les euros que nous possédons devraient avoir la même valeur, mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne dans la pratique. Nous ne considérons pas tous les euros comme égaux. L'argent que nous gagnons en participant à un quiz est ressenti comme plus spécial que le même montant que nous avons gagné en travaillant. Nous réservons de l'argent pour certaines choses et portons des jugements en conséquence. Une fois que le compte ‘petits plaisirs’ est vide, nous n'achetons plus. Mais si la voiture tombe en panne et a besoin d'être réparée, puis retombe en panne une deuxième fois, cela compte comme une nécessité et nous payons deux fois pour la faire réparer.

Effets personnels face aux dépenses

La plupart du temps, nous ne pensons même pas à ces comptes mentaux, mais ils influencent nos décisions, généralement sans que nous ne nous en rendions compte. C'est la raison pour laquelle la plupart des gens aiment séparer leur épargne de leurs dettes. Dans de nombreux pays, il existe des comptes hypothécaires qui compensent les intérêts à partir de l'épargne, mais ils ne se sont pas particulièrement appréciés. Nous semblons aimer l'idée de séparer ce que nous possédons de ce que nous devons. La raison en est que nous nous connaissons bien et savons que nous sommes moins susceptibles de puiser dans l'argent étiqueté ‘épargne’. 

Les économistes ont tendance à considérer les comptes mentaux comme une mauvaise chose, qui pourrait nous amener à prendre des décisions irrationnelles, mais si nous voulons nous améliorer en termes d'épargne, nous pouvons tirer parti de ces comptes mentaux. 

Prenez de la distance face à votre épargne

Dépenser de l’argent se trouve dans un compte mental très différent de celui de l'épargne. Vous pouvez choisir d’exploiter ce fait en mettant une certaine distance entre votre épargne et vous. Faites en sorte que vos économies ne soient pas à portée de main, sans quoi vous serez davantage tenté de les dépenser. Mettez tout en œuvre pour que les comptes d'épargne soient ressentis comme distincts des autres comptes. Même le titre ‘épargne’ souligne que cet argent n'est pas destiné à un usage quotidien. 

Je voudrais terminer par une étude que j'ai trouvée surprenante, mais instructive lorsque je l'ai découverte. Le psychologue social Sam Maglio a constaté que les gens déclarent être moins susceptibles de dépenser de l'argent placé sur un compte si ce compte est ressenti comme géographiquement éloigné. La recherche a été menée aux États-Unis et si les gens qui vivaient à New York croyaient que l'argent qu'ils avaient gagné était placé sur un compte qui se trouvait également à New York, ils étaient plus enclins à dire qu'ils allaient le dépenser que s'ils croyaient qu'il était déposé à Los Angeles, même si les deux comptes étaient aussi faciles d'accès depuis n'importe où. 

Mettez donc tout en œuvre pour que votre épargne soit ressentie comme séparée et distincte. Bien que nous ne soyons pour la plupart d'entre nous malheureusement pas au-dessus de la moyenne en ce qui concerne la gestion de notre argent, en apprendre davantage sur le fonctionnement de notre esprit nous permet d’exploiter ses particularités pour nous aider à prendre de meilleures décisions. 

Claudia Hammond est l'auteur de ‘De Kracht van Geld’, publié chez Atlas.  

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