Les conséquences d’une impression massive d’argent

Pourquoi la Banque centrale européenne a-t-elle décidé d’imprimer de l’argent durant la crise? Quels en étaient les risques? Et quel effet cela a eu sur votre portemonnaie?
  • 03 janvier 2018

La BCE à la barre

Des rouages économiques qui coincent? Il suffit d’appeler la Banque nationale pour qu’elle imprime de l’argent. Cela paraît simple, mais la vérité est plus nuancée. Ce remède a pourtant été administré avec succès par la Banque centrale européenne (BCE) au cours de la décennie écoulée. Il ne manquait pas d’arguments fondés pour que la BCE sorte cette arme puissante de son arsenal de mesures monétaires. Mais la création d’argent reste une recette controversée, qui est loin de faire l’unanimité chez les économistes.  Faire tourner la planche à billets n’est pas sans risques. Cela peut créer des bulles immobilières et spéculatives. Dès lors, pourquoi s’engager dans cette voie? 

Inflation

Parce qu’il fallait insuffler de l’inflation dans l’économie. Les prix courants ne progressaient plus assez depuis des années en raison de la faiblesse des cours des matières premières. « Si vous imprimez assez d’argent, vous créez automatiquement de l’inflation », souligne Paul Praet, économiste en chef de la BCE, qui est en charge notamment de l’impression d’argent. 

Mais pourquoi diable ressusciter le spectre inflationniste? Parce qu’une inflation trop basse, voire négative – c’est-à-dire la déflation (la baisse des prix) – est le signe de la stagnation de l’économie. Et, selon tous les manuels économiques, la création monétaire, c’est-à-dire mettre plus d’argent en circulation, permet de réveiller l’inflation pour autant que cet argent injecté ne vienne pas garnir les comptes d’épargne. Placés dans un contexte d’inflation en hausse, les particuliers et les entreprises vont dépenser plus rapidement leur argent, de peur de le voir perdre de la valeur au fil du temps. Cet argent est injecté directement dans l’économie, ce qui permet à cette dernière de sortir de l’ornière de la récession et de se redresser.

Le montant total des interventions de la BCE: 114 conteneurs maritimes débordant de billets de 500 euros.

Bazooka

Imprimons des billets et le problème sera résolu, tel était le raisonnement de la BCE, qu’elle a concrétisé sous une forme un peu plus compliquée. La BCE a décidé en effet de racheter massivement des obligations et des titres des entreprises et des États pour la bagatelle de 1.140 milliards d’euros au total. Pour vous donner une idée de l’ampleur de cette injection de liquidités, imaginez 114 conteneurs maritimes remplis à ras bord de billets de 500 euros. Pas étonnant que les médias aient estimé que la BCE avait sorti son « bazooka ». Le principal effet de ces mesures d’assouplissement monétaire (connues en anglais sous le nom de quantitative easing) a été la chute des taux d’intérêt. Pour faire baisser le loyer de l’argent, la BCE ne pouvait plus en effet réduire son taux directeur, qui était déjà à un plancher. D’où l’achat d’obligations, ce qui a eu également pour résultat de peser sur les taux d’intérêt. 

Faibles taux

Pourquoi donc vouloir faire baisser le loyer de l’argent? « It’s the economy, stupid! »: les taux faibles ont contribué au redressement conjoncturel actuel. Les gens ont été moins enclins à épargner. Ils ont dépensé plus facilement, ce qui a redynamisé l’économie. Et comme emprunter était meilleur marché également, les gens ont été d’autant plus incités à ouvrir leur portefeuille. Tout profit pour l’économie. Avantage complémentaire à la faiblesse du loyer de l’argent dans la zone euro: les agents extérieurs ont été moins tentés d’y placer leur argent (en euro).   Ce moindre attrait a pesé sur le cours de l’euro. Résultat: les entreprises extérieures à la zone euro avaient intérêt à faire leurs emplettes dans nos régions. Et, à l’inverse, les entreprises européennes ont pu exporter davantage.Alors, peut-on s’enrichir en imprimant de l’argent? Malheureusement, non: voyons à présent le revers de la médaille. Faire tourner à plein régime la planche à billets conduit à des dérapages inflationnistes, à des bulles immobilières et à des envolées artificielles des marchés financiers. Pour maintenir l’économie sur des rails sains, il est préférable de laisser les banques centrales continuer à gérer judicieusement la création de monnaie.

Et votre portefeuille?

Le crédit bon marché a donc eu une incidence positive pour l’économie et, par extension, pour la société dans son ensemble. Mais le bazooka de la BCE n’a-t-il pas provoqué des dégâts collatéraux pour le portefeuille du citoyen européen? Celui-ci a constaté d’emblée que son épargne ne lui rapportait quasi plus rien. Les candidats-acquéreurs d’un bien se sont réjouis de leur côté de la chute des taux des crédits hypothécaires, ce qui a boosté le marché immobilier. Les investisseurs boursiers en ont également récolté les fruits: les marchés d’actions du Vieux continent ont déjà derrière eux plusieurs années de hausse. De quoi donner du grain au moulin des critiques qui pointent que les mesures de la BCE ont surtout aidé les personnes endettées et avides d’investissements risqués.

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