Ne laissez pas passer d’opportunités par crainte du changement

Vous entendez parler d’une opportunité de changement bénéfique, mais ne franchissez pas le pas. Cela vous semble familier? La psychologue Claudia Hammond explique pourquoi le changement fait peur.

  • 13 septembre 2019
Claudia Hammond

Claudia Hammond

psychologue

Pourquoi nous résistons au changement même lorsque les avantages sont évidents

Depuis 1942, pour sa pause de midi, un universitaire américain se rendait chaque jour dans le snack-bar du coin pour y commander toujours le même petit pain de seigle au jambon/fromage. Puis, le jeudi 3 mars 1968, sans raison apparente, il a remplacé son petit pain habituel par un petit pain au blé complet garni de salade de poulet. Après cela, pendant au moins vingt ans, il n’a plus jamais dérogé à son petit pain au poulet. On peut dire que c’était un homme d’habitudes. Il est resté fidèle à ce qu’il connaissait, a changé d’avis une seule fois puis ne s’est plus jamais aventuré dans la nouveauté. 

On pourrait croire qu’en matière d’argent, nous faisons des choix plus raisonnés que lorsqu’il est question d’un petit pain. Mais quand avez-vous changé d’opérateur téléphonique pour la dernière fois afin de profiter d’une meilleure offre? Votre argent est-il toujours géré dans la banque où vous avez ouvert votre tout premier compte? Peut-être faites-vous même partie de ces gens qui continuent de payer des abonnements mensuels pour des services qu’ils n’utilisent plus vraiment? Si les entreprises proposent des offres de lancement imbattables pour nous attirer chez elles, surtout quand nous sommes jeunes, c’est qu’il y a une bonne raison. En psychologie, on appelle cela le «biais du statu quo».

Une préférence inconsciente

William Samuelson et Richard Zeckhauser, deux économistes, collègues de l’homme qui n’a jamais goûté que deux sortes de petits pains, ont mené une série d’expériences novatrices sur le biais du statu quo à la fin des années 80. Ils ont présenté à des étudiants des choix hypothétiques sur toutes sortes de sujets en matière d’investissement, de carrière ou de couleur de voiture. Très souvent, la majorité des participants choisissait l’option présentée comme la situation actuelle. Ils préféraient s’en tenir au statu quo, même si une autre option était clairement meilleure. 

Or, dans la vraie vie, il arrive que nous soyons d’autant plus attachés au statu quo que nous ne remarquons parfois même pas qu’il y a d’autres choix possibles. En effet, à moins d’y être contraints, nous prêtons rarement attention aux marques autres que celles que nous achetons toujours. Rares sont ceux qui parcourent régulièrement les offres d’emploi alors qu’il s’y trouve peut-être de meilleurs postes pour eux. 

Le biais du statu quo est subtil. Ce n’est pas l’un de ces biais cognitifs qui nous pousse à tirer de mauvaises conclusions ou à commettre des erreurs de raisonnement. Et il n’est pas nécessairement irrationnel. Parfois, il vaut en effet mieux rester en terrain connu. Pour commencer c’est plus facile et pourquoi prendre le risque de changer?

Plutôt paresseux que fatigué

Des recherches en psychologie mettent en évidence plusieurs raisons justifiant notre préférence pour le statu quo. La plus simple est la paresse. Nous préférons l’inaction à l’action. Beaucoup de services par abonnement offrent des remises très intéressantes, voire des services gratuits, pendant les premiers mois, sachant que la plupart d’entre nous ne les résilieront pas. Prenez votre ordinateur portable ou votre smartphone: il regorge de paramètres personnalisables, mais parions qu’après avoir choisi un fond d’écran ou une sonnerie, vous vous êtes pour le reste contenté(e) des paramètres par défaut.

Cette inertie est tellement commune que les spécialistes de l’économie comportementale l’utilisent même à bon escient et tentent, par exemple, de nous encourager à choisir des en-cas sains dans les cantines en les plaçant juste à côté de la caisse ou en nous incitant à cotiser à des régimes de pension. Dans le cadre d’une vaste expérience menée au Royaume-Uni, la contribution à une pension de retraite a ainsi été définie comme paramètre par défaut, ce qui a permis, en seulement cinq ans, de quasiment doubler le nombre d’employés du secteur privé qui épargnent pour se constituer une pension. Les travailleurs pouvaient choisir de ne pas participer, mais la plupart n’en ont pas pris la peine. 

De nombreuses expériences ont montré que nous détestons deux fois plus le risque de perdre par rapport à ce que nous apprécions la possibilité de gagner.

La peur de la perte

L’inertie n’explique toutefois pas à elle seule pourquoi les gens restent fidèles à des fournisseurs de téléphonie chers ou à des comptes bancaires qui rapportent peu. Il y a d’autres facteurs, parmi lesquels la peur du changement. Nous avons peur de nous tromper et d’être perdants. L’ironie est que notre crainte de subir une perte peut nous paralyser et nous pousser à ne rien faire, ce qui peut justement entraîner cette perte que nous voulons éviter à tout prix. 

L’aversion de la perte est une force puissante. De nombreuses expériences ont montré que nous détestons deux fois plus le risque de perdre par rapport à ce que nous apprécions la possibilité de gagner. En outre, notre crainte du changement est d’autant plus forte que nous avons investi du temps ou de l’argent dans l’option actuelle. Nous commettons en cela une erreur de raisonnement basée sur l’idée d’un coût irrécupérable. En effet, une fois que nous avons consenti un effort, nous ne supportons pas qu’il soit gâché. Plus nous avons consacré de temps à une situation professionnelle, plus nous avons du mal à la quitter pour nous recycler et prendre une nouvelle orientation. Si nous nous sommes donné la peine d’ouvrir un compte auprès d’une entreprise, nous n’aimons vraiment pas réduire nos pertes et recommencer de zéro. 

Eviter le regret

Et nous abhorrons encore plus la perte lorsque nous nous en sentons responsables. Parfois, il est donc plus aisé de ne prendre aucune décision. Ce comportement est appelé l’évitement du regret. Il explique pourquoi les personnes qui cochent les mêmes numéros sur leur billet de loto chaque semaine ont plus de mal à arrêter de jouer. Si minces que soient leurs chances de gagner, elles ne supportent pas l’idée de vérifier un jour les chiffres et de constater qu’elles auraient pu gagner si elles avaient acheté un billet. C’est encore plus vrai lorsque ces personnes sont réunies au sein d’un groupe. Imaginez que tous vos collègues deviennent millionnaires, sauf vous.

Récemment, des psychologues ont démontré que plus le choix est vaste, plus il est probable que nous continuerons à agir comme nous le faisons déjà. Nous souffrons de la surabondance de choix. Nous ne pouvons pas prêter attention à tout, alors nous repoussons l’heure du choix et ne changeons surtout rien.

Le changement en vaut la peine

Peut-être devons-nous dès lors passer de temps en temps en revue nos paramètres par défaut. Peut-être existe-t-il une autre option qui nous convient mieux. Mais avant tout, nous devons faire l’effort de voir ces options puis prendre le temps de les analyser. Ne rien faire ne semble pas être un choix, alors que c’en est un. En revanche, agir pourrait s’avérer payant à long terme. Et qui sait, vous pourriez même vous découvrir de nouvelles préférences en matière de petits pains? 

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