Économie et émotions

Épargner n’est pas une action purement rationnelle. Pascal Paepen plaide pour une meilleure prise en compte des émotions dans le comportement d’épargne. Stimuler les gens à épargner, inconsciemment, mais efficacement.   
  • 27 février 2018
Teaser Économie et émotions
Pascal Paepen

Pascal Paepen

Expert boursier et professeur

Le prix Nobel d’économie

Chaque année, des prix Nobel sont décernés aux scientifiques qui se sont distingués dans leur domaine. Biologie, Chimie, Médecine, Littérature, Paix et Économie. En réalité, le prix Nobel d’économie ne devrait pas se retrouver dans cette liste. Contrairement aux autres domaines, Alfred Nobel n’a jamais souhaité distinguer les meilleurs économistes. Pourquoi? Peut-être parce que son héritage, qui finance les prix, était important, mais pas infini? Ou parce que le chimiste (et industriel) suédois ne voyait pas l’économie comme une science digne de ce nom? On ne le saura jamais. C’est donc la banque centrale suédoise qui a créé un « prix Nobel » d’économie. Cette distinction non moins prestigieuse est décernée chaque année depuis 1969. 

L’économie, une science à part entière?

L’initiative des banquiers centraux suédois était-elle fondée? L’économie est-elle vraiment une science digne de ce nom? Il ne s'agit certainement pas d’une science exacte, comme la physique ou la chimie. L’économie est une science humaine, tout comme la psychologie et l’anthropologie. Les économistes étudient le comportement économique des gens qui doivent gérer des moyens limités pour financer leur niveau de vie. L’économie partage beaucoup de facteurs explicatifs avec la psychologie et la sociologie. En fait, Richard Thaler, l’économiste américain qui s’est vu décerner le prix Nobel de la discipline en 2017, aurait pu être tout aussi bien psychologue. Il a consacré toute sa vie de recherches à l’influence des émotions sur les décisions économiques. Contrairement aux idées prévalant auparavant, les gens n’agissent pas toujours comme des êtres rationnels. Aujourd’hui, c'est la discipline baptisée « behavioral economics », l’économie comportementale, qui étudie ce comportement irrationnel dans le prolongement des travaux révolutionnaires de Thaler et de ses collègues.

Richard Thaler
Richard Thaler

Économie et émotions

Le prix Nobel décerné à Thaler est venu couronner l’importance de ses recherches. De fait: l’économiste a démontré que les émotions peuvent jouer un grand rôle dans les choix opérés par le consommateur. Nous l’observons également dans le monde financier. Les cours des actions sont déterminés, pour une grande part, par le comportement émotionnel, irrationnel de l’investisseur. 

Thaler a révélé d’autres éléments intéressants. Dans son livre Nudge, il explique qu’il est possible d’amener doucement les gens à prendre la « bonne » décision. Sans restreindre la liberté des consommateurs, les décideurs peuvent les inciter à préférer, de manière inconsciente, l’alimentation saine à la nourriture déséquilibrée. Ainsi, un prix avantageux pour l’alimentation saine, par le biais d’un subside, ou imposer une taxe sur les aliments mauvais pour la santé, serait un nudge. En somme, un mécanisme inconscient de la carotte et du bâton. Mais une petite « impulsion » suffirait déjà à inciter les gens à prendre la bonne décision. 
 

Un nudge pour épargner

Les enseignements de cette science sont très précieux pour les pouvoirs publics. Ils peuvent encourager la population à manger plus de poires, tout en les incitant en même temps à conserver « une poire pour la soif », pour réduire le sous-financement des pensions. L’épargne scolaire, la loi Cooreman-De Clercq et l’épargne-pension sont des exemples probants tirés du passé: ils ont réussi à encourager les gens à épargner et à investir davantage. 

Depuis quelque temps, j’ai l’impression que la génération politique actuelle oublie ce que signifient l’économie comportementale et le nudging. Elle a lancé une taxe sur la spéculation et une taxe sur les (comptes) titres, pour s’attaquer soi-disant aux « riches ».  Elle augmente la taxe sur les opérations de bourse et le précompte mobilier au nom de l’« équité fiscale ». Elle donne l’impression de remonter le temps. Les Pays-Bas ont supprimé le précompte mobilier. Dans notre pays, on l’a relevé à 30 %. Il est temps que quelqu’un fasse cadeau d’un livre de Richard Thaler à chacun de nos décideurs politiques.

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