Où en sont les connaissances financières des Belges?

Comment s’en sort la Belgique en matière de culture financière? Et quel est le rôle de l’enseignement, d’une part, et des parents, d’autre part, dans l’éducation financière des jeunes? Explications du Dr Kenneth De Beckker de la KU Leuven et l’UHasselt.
  • 24 mars 2021
Kenneth De Beckker

Kenneth De Beckker

Chercheur postdoctoral à la KU Leuven et l’UHasselt

L’éducation financière des jeunes est essentielle

Notre pays compte de plus en plus de jeunes peu cultivés sur le plan financier, et il est frappant de constater que ce phénomène est souvent lié à leur statut socio-économique. Kenneth De Beckker, chercheur postdoctoral à la KU Leuven et l’UHasselt, explique ses possibles conséquences et le rôle que les écoles peuvent jouer à cet égard. «La culture financière devient importante, entre autres parce que, du fait de la pression plus forte exercée sur les services sociaux, nous sommes plus que jamais livrés à nous-mêmes pour maintenir notre bien‑être financier.»

Quelques exemples typiques

Comment se porte la culture financière de nos jeunes et comment évolue-t-elle?

Kenneth De Beckker : «En moyenne, le jeune Belge (15 ans)* a un très bon score dans l’enquête comparative internationale PISA de 2015 en matière de culture financière, avec une deuxième place derrière quelques régions chinoises comme Pékin et Shanghai. On note toutefois qu’en comparaison avec le rapport de 2012, tant la part des participants les plus performants que celle des jeunes en deçà du niveau de base ont augmenté. Ainsi, en 2015, il y avait 24% de plus performants (contre 19,7% en 2012) et 12% de moins performants (contre 8,7% en 2012). On constate donc que le fossé s’élargit pour ce qui concerne la culture financière.»

*Cette étude a été effectuée uniquement en Flandre.

Quelles sont les conséquences d’une faible culture financière chez les jeunes?

«Ces jeunes sont plus vulnérables à la fraude (en ligne): ils sont plus facilement victimes d’hameçonnage, par exemple, ou sont recrutés comme mules financières. En outre, ils comprennent moins la façon dont la publicité influence leurs habitudes de consommation et font donc moins preuve d’esprit critique vis-à-vis de ce phénomène. Ils ont également plus de difficultés à gérer leur budget. À 15 ans, on a naturellement encore un budget restreint, mais une fois adulte, cela pourrait entraîner plus de dettes et un niveau d’endettement plus élevé car ils contracteront davantage de crédits. Enfin, on constate que les personnes ayant une culture financière moindre mettent moins d’argent de côté, ce qui fait d’elles les plus touchées en cas de crise.»

L’enseignement peut rompre la corrélation entre la culture financière et la situation familiale

Pour quelles raisons une personne sera-t-elle plus ou moins performante en termes de culture financière?

«Un facteur déterminant est le statut socio-économique des jeunes. Dans tous les pays de l’OCDE, ce facteur compte pour seulement 10% dans le score de culture financière. Pour la Flandre, ce pourcentage grimpe à 16%. La corrélation entre statut socio-économique et culture financière des jeunes n’est nulle part aussi forte qu’en Flandre.»

Quelles conclusions en tirez-vous?

«Que nous ne devons pas laisser l’éducation financière des jeunes aux seuls parents. L’enseignement peut faire en sorte que les jeunes ayant une situation socio-économique moins favorable n’obtiennent pas automatiquement de moins bons résultats en matière de culture financière.»

Que fait l’enseignement pour améliorer les connaissances financières des élèves?

«Depuis septembre 2019, les élèves doivent, après le premier degré, maîtriser quelques compétences de base, comme par exemple faire des choix de consommation éclairés. La réforme des objectifs finaux des deuxième et troisième degrés poursuit cette évolution. À cet égard, on se concentrera au maximum sur la vie quotidienne des jeunes. En second degré, lorsque beaucoup d’élèves prennent un job d’étudiant pour la première fois et que certains commencent à rouler en mobylette, on abordera par exemple les contrats de travail, la gestion d’un budget et les assurances. Au niveau macroéconomique, des thèmes tels que la fixation des prix, le marché du travail et la sécurité sociale seront abordés. En troisième degré, les sujets abordés incluront par exemple le droit au bail, l’hypothèque, le budget familial, les formes d’épargne et d’investissement, mais aussi les conséquences juridiques et financières pour les mineurs. En résumé, l’enseignement a l’intention de fournir aux jeunes tous les outils financiers de base dont ils auront besoin dans leur vie d’adulte.»

Parler d’argent

Les parents peuvent-ils entièrement compter sur l’enseignement pour l’éducation financière de leurs enfants?

«En aucun cas: c’est une synergie. La culture financière n’est pas qu’une question de connaissances financières, mais aussi de compétences et d’attitude. Et ce dernier point s’apprend essentiellement à la maison par le biais de la parcimonie, de la gestion des crédits, etc. Prenons l’exemple de l’épargne-pension: vous avez beau savoir parfaitement de quoi il s’agit, vous devez également disposer des compétences nécessaires pour vous lancer et de la bonne attitude pour ne pas tout dépenser d’un coup. Les enfants apprennent surtout cela de leurs parents. Ces derniers sont en outre souvent les premiers interlocuteurs des jeunes pour les questions d’argent.»

Quel conseil donneriez-vous aux parents?

«Baissez la garde et parlez d’argent autant que possible avec vos enfants. Il est démontré scientifiquement que plus les parents parlent d’argent, plus cela bénéficie à la culture financière de leurs enfants.»

Le Belge adulte a un score moyen en matière de culture financière

Et qu’en est-il de la culture financière de la population adulte?

«Dans la première étude de l’OCDE de 2016 sur la culture financière des adultes dans 30 pays, la Belgique s’est retrouvée en dernière place. Si nous mettons en exergue les trois composantes, 60% des Belges obtiennent le minimum requis en connaissances financières (contre 62% au niveau de l’OCDE), 56% pour l’attitude (55% OCDE) et 70% pour le comportement financier (54% OCDE). Les détails de l’étude montrent que les Belges, par exemple, ne savent pas très bien que l’on peut limiter un risque d’investissement grâce une bonne diversification, mais épargnent tout de même activement, gèrent leur budget de façon responsable et savent relativement bien garder à l’esprit leurs perspectives à long terme.»

Quels sont les points à améliorer?

«L’enquête de l’OCDE révèle que, pour l’acquisition de produits financiers, les Belges vont rapidement voir leur banquier de confiance sans comparer les offres d’autres prestataires. La demande de conseils financiers indépendants reste elle aussi limitée.»

Y a-t-il une différence entre la culture financière des hommes et des femmes?

«Beaucoup d’études montrent un fossé entre les genres, mais elles sondent souvent les seules connaissances financières, et les femmes obtiennent généralement un score plus faible sur ce point, bien que des études récentes révèlent que ceci s’explique surtout par la prudence avec laquelle les femmes répondent aux questions: lorsqu’elles ont un doute, elles préfèrent répondre ‘ne sait pas’ que deviner. Si l’on supprime cette option de réponse, les femmes obtiennent un bien meilleur score en matière de connaissances financières. Ce que ce type d’étude révèle rarement, c’est que les femmes compensent largement leur possible manque de connaissances financières par un comportement financier plus raisonnable.»

La tentation de dépenser de l’argent est forte. La fraude numérique augmente. Et nous sommes davantage livrés à nous-mêmes pour trouver des informations financières fiables. C’est pourquoi la culture financière est plus importante que jamais.

Le besoin de culture financière s’accentue

Globalement, les Belges ne s’en sortent pas mal en matière de culture financière. Cela signifie‑t‑il que nous pouvons nous reposer sur nos lauriers?

«En aucun cas. L’évolution chez un groupe de jeunes de plus en plus considérable est inquiétante et la société évolue rapidement. La tentation de dépenser de l’argent est plus forte que jamais en raison de l’e-commerce. La fraude numérique augmente, avec parfois de graves conséquences financières. Nous sommes également davantage livrés à nous-mêmes pour trouver des informations financières et les évaluer. Car l’époque où l’on trouvait en permanence un conseiller dans les banques est révolue. En outre, nous portons de plus en plus la responsabilité de notre propre bien‑être financier. La pension évolue en pension de base: si nous souhaitons plus de protection et un meilleur niveau de vie, nous devons souscrire nous-mêmes une pension complémentaire et des assurances additionnelles. La culture financière est donc plus importante que jamais pour s’en sortir financièrement dans ces conditions.»

Vous cherchez des informations pratiques pour améliorer l’éducation financière de votre enfant? Lisez nos conseils pour les jeunes enfants et les ados.

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