Evitez les tentations

Une barre chocolatée à droite, un café à gauche... Nous sommes partout tentés par de petites dépenses. Mais plus nous cédons à ces tentations, plus nos économies s’amoindrissent, petit à petit. Alors comment faire? Claudia Hammond partage ses conseils. 
  • 16 novembre 2018
Évitez les tentations
Claudia Hammond

Claudia Hammond

psychologue

Les tentations sont partout

La plupart d’entre nous ont parfois des difficultés à résister aux tentations. Nous sommes bien décidés à manger sainement mais, au moment de payer nos courses, nos yeux se posent sur cette délicieuse barre chocolatée près de la caisse... Subitement, notre détermination semble fondre comme neige au soleil. 

Loin des yeux, loin du cœur?

Il existe des stratégies psychologiques pouvant nous aider à résister. L’une d’entre elles est connue sous le nom de stratégie « si-alors », dont l’idée consiste à planifier à l’avance quoi faire dans une certaine situation de tentation. Vous pouvez décider que, lorsque vous verrez une barre chocolatée alors que vous avez faim, vous achèterez plutôt une pomme. Lorsque le psychologue américain Peter Gollwitzer a examiné 94 études menées auprès de sujets qui appliquaient cette stratégie, il a constaté qu’ils étaient deux à trois fois plus susceptibles de remplir leur mission que ceux qui n’avaient pas reçu l’instruction de l’appliquer. 

Il a en outre constaté qu’il n’était pas nécessaire de passer par ce cheminement tant que la tentation était hors de vue. On apprend souvent aux personnes qui ont un problème avec le jeu à choisir des trajets qui ne passent pas devant un casino. Il est plus facile de résister à la tentation lorsqu’on ne la voit pas. Lorsque j’arrive dans une chambre d’hôtel et que je vois une corbeille avec des amuse-gueules de minibar, je la range immédiatement dans l’armoire. Je sais que je ne suis pas capable de résister longtemps à ces tentations onéreuses, et passer tout un week-end à proximité de ces amuse-gueules serait une véritable épreuve. Ma volonté finirait par plier s’ils restaient à portée de main. À l’instar d’un chat près d’une coupelle de lait. Lui non plus ne parviendra à résister. 

Le test du marshmallow

Il existe une célèbre expérience de maîtrise de soi appelée test du marshmallow et conçue par le psychologue américain Walter Mishel. Dans l’une de ses versions, un enfant de quatre ans est assis à table dans une pièce. Un plat se trouve sur cette table: un marshmallow est placé d’un côté, et deux de l’autre. La chercheuse explique à l’enfant qu’elle doit quitter la pièce un moment et qu’il peut soit manger le marshmallow seul tout de suite, soit les deux s’il attend jusqu’à son retour. 

Dans les vidéos des enfants soumis au test, il est fascinant de voir quelles stratégies ils emploient pour arriver à attendre. Certains chantent des chansons, certains se parlent à eux mêmes et répètent des phrases comme «attendre les deux marshmallows». La plupart des techniques utilisées consistent à éviter de regarder la friandise. On a dit aux enfants de ne pas quitter la table. Certains se cachent les yeux, d’autres regardent le plafond ou reposent leur tête sur leurs bras pour regarder sur le côté et ne pas avoir le marshmallow dans leur champ de vision. Ils ont à peine quatre ans, mais ils savent qu’ils ne doivent pas se laisser tenter.    

Même en tant qu’adulte, personne ne sera surpris de céder tôt ou tard à des tentations à portée de main. Dans une étude australienne menée en 2017, des sujets ont commencé par évaluer leur volonté. Ils ont ensuite noté chaque grignotage sur une application, ainsi que des détails concernant leur humeur et la situation dans laquelle ils se trouvaient à ce moment là. On pourrait s’attendre à ce que l’humeur ait une influence majeure sur le grignotage. Qui n’achète pas de chocolat lors d’un petit coup de blues? Pourtant, l’humeur influence moins le grignotage que la situation dans laquelle on se trouve à l’instant T. Si on voit de la nourriture ou des personnes qui mangent, on sera plus facilement tenté de manger. 

On sait donc qu’il n’est pas raisonnable de remplir ses placards de chips et de gâteaux quand on est au régime. La même chose s’applique à l’argent. Si on a beaucoup de liquide dans son portefeuille, on le dépensera plus facilement. L’inertie peut souvent vaincre une tentation. Par essence, l’homme est relativement paresseux. Si vous êtes dans un bar et que vous avez envie d’un autre verre, mais que vous ne pouvez pas payer par carte et devez aller retirer de l’argent, il est probable que vous partiez. 

 
Il est plus facile de résister à la tentation lorsqu’on ne la voit pas.

S’aider de la distance

De la même manière, on ne dépensera pas d’argent que l’on n’a pas sur soi. De l’argent déposé sur un compte bancaire donne l’impression d’être plus éloigné, et on le dépensera donc moins facilement. Lors d’une expérience psychologique de 2013, on a demandé à des habitants de New York de prendre part à une étude en échange d’un billet de loterie. Les chances de gagner étaient d’1%. Le gain était 50$ versés sur un compte courant. On a dit aux participants que l’argent serait disponible sans qu’ils aient besoin de se rendre à la banque. Pour la moitié des sujets, le compte courant serait ouvert à New York ; l’autre moitié disposerait d’un compte à Los Angeles, à l’autre bout du pays. Les sujets devaient ensuite décider de retirer directement les 50$ s’ils gagnaient ou de les laisser encore trois mois sur le compte pour recevoir ensuite 65$. 

À peine 49% des sujets dont le compte était à New York ont décidé d’attendre pour recevoir une somme plus élevée. À l’inverse, 71 % des sujets dont le compte était à Los Angeles se sont déclarés prêts à attendre trois mois avant de retirer l’argent, comme si la distance géographique créait une barrière psychologique: un temps d’attente plus long leur paraissait donc moins pénible. 

 
Si nous voulons épargner davantage, mieux vaut placer nos économies sur un compte différent de notre compte courant du quotidien.

Éloignez votre argent

Ce n’est pas particulièrement logique, mais notre esprit réagit parfois de façon bizarre, surtout lorsqu’il s’agit d’argent. Quoi qu’il en soit, nous pouvons exploiter comme bon nous semble nos impulsions psychologiques. Si nous voulons épargner davantage, mieux vaut placer nos économies sur un compte différent de notre compte courant du quotidien afin de créer une barrière psychologique. Plus nous aurons de barrières à franchir, moins vite nous serons tentés de dépenser de l’argent. Même lorsque l’argent sera plus facilement accessible, nous serons moins tentés de le dépenser et nous apercevrons que nous épargnons mieux que nous le pensions. 

Claudia Hammond est l’auteur de «Mind over Money», publié chez Atlas. 

 

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Commentaires

Amusant et vrai….

M.M. 30 octobre 2018

Intéressant !
Personnellement je trouve que quand je paye en cash, je vois mieux l’argent diminuer que quand je paye par carte ...et donc voit mieux les limites. Illusion?

F.D.K. 30 octobre 2018

Merci à vous. Il y atoujours quelque chose de positif à retirer de ce genre d'article

J.R. 31 octobre 2018

Bien vrai

H.B. 31 octobre 2018

Je ne me laisse jamais tenter par une barre de chocolat ce que je cherche c’est que mon argent me rapporte plus si je trouve cela ailleurs je déplace mon argent dans ce qui est pour moi le plus avantageux

R.V.D.L. 07 novembre 2018
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