Après un excellent début d'année, les marchés d'actions subissent une nette correction. Le Stoxx Europe 600 a perdu 10 % depuis son sommet de la mi-mars, l'Eurostoxx 50 abandonnant même 15 %.
L'effet traditionnel des injections de liquidités classiques que nous avons connu en début d'année est loin derrière nous, à présent que l'impact des LTRO de la Banque centrale européenne s'est dissipé et que ni la Réserve fédérale, ni la BCE ne se sentent appelées à prendre des mesures expansionnistes supplémentaires. De plus, la tension occasionnée par la problématique de la zone euro s'est à nouveau accrue suite aux résultats électoraux inquiétants en Grèce et les difficultés du secteur bancaire espagnol.
La zone euro reste dès lors le principal risque pour les marchés d'actions à court terme. Nous nous approchons peu à peu d'une solution, mais nous sommes confrontés aux conséquences sociales et politiques du parcours accompli jusqu'à présent. La Grèce est logiquement le premier domino qui risque (à nouveau) de tomber, le chaos politique qui y règne ayant élevé davantage encore la probabilité d'une sortie de la zone euro. Une intensification trop rapide de ce risque déclencherait selon nous une intervention massive en soutien du système financier et une accélération de la mutualisation des dettes résiduelles. Le comportement plus politique et pragmatique de la Banque centrale européenne peut faciliter la formation d'un consensus en Europe et mener enfin à une solution à la crise dans la zone euro.
Malgré le regain de la volatilité lié à la problématique des dettes européennes, nous observons quelques éléments nouveaux, plutôt constructifs. Ainsi, l'Allemagne est de plus en plus isolée (le « c£ur de l'Europe » se résume désormais à l'Allemagne, au Luxembourg et à la Finlande) et dépendante du système euro (40 % des exportations allemandes partent en direction de la zone euro, etc.). De plus, la priorité des dirigeants européens se détourne de plus en plus des « mesures d'économies » au profit de la « croissance », même si la forme des dispositions fait toujours débat.
Pour l'investisseur à long terme, cette situation ouvre une fenêtre sur les marchés d'actions. En premier lieu, nous constatons que les actions ne sont pas encore redevenues la priorité des grands investisseurs, dont le positionnement reste relativement prudent, puisqu'on ne constate toujours pas d'importants transferts des marchés d'obligations vers les marchés d'actions. De plus, les actions présentent des valorisations très attrayantes. Les Bourses européennes (Eurostoxx 50) affichent un rapport cours/bénéfice 2012 de moins de 9 ; aux États-Unis aussi (S&P 500), le rapport cours/bénéfice, d'environ 11, trahit une valorisation inférieure à la moyenne historique. La zone euro est logiquement la région la plus sous-valorisée, vu les risques liés à la problématique des dettes à laquelle elle est confrontée. Compte tenu d'une prime de risque de 6 % pour la zone euro (contre 5 % pour les autres régions), la sous-valorisation atteint 25 %. La valorisation à long terme des actions est également intéressante si l'on compare les earnings yield ( earnings yield = bénéfice/cours) des actions et des obligations publiques. Tant en Europe qu'aux États-Unis, le surcroît de rendement ( earnings yield - rendement sur les obligations publiques) atteint presque 4,5 % alors que les obligations publiques allemandes et américaines n'ont jamais été aussi chères. L'investisseur à long terme peut donc constituer progressivement des positions en actions, même si la volatilité actuelle risque de se prolonger quelque temps encore sur les Bourses.