Les obligations d’Etat européennes sont-elles encore intéressantes?

"Optez pour la sécurité absolue: investissez en obligations d’État". L’expression a longtemps eu valeur de slogan dans le monde financier. Mais depuis la faillite de l’Islande et la profonde crise induite par l’endettement excessif de certains pays de la zone euro, plus personne n’ose le brandir. Alors, cela vaut-il encore la peine d’investir dans des obligations d’État européennes? Nous avons analysé les opportunités et les menaces inhérentes à ces actifs dans trois domaines: la solvabilité, le rendement et les garanties.

Solvabilité
Sur la base des notes attribuées par les agences Moody’s, S&P et Fitch, il est présomptueux d’affirmer que les obligations publiques européennes n’offrent plus une sécurité absolue. L’Allemagne, la France et les Pays-Bas bénéficient toujours de la note la plus élevée en matière de solvabilité, soit AAA. Les épargnants qui investissent dans des obligations d’État allemandes, françaises ou néerlandaises peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles: ils percevront leur coupon chaque année et retrouveront le montant nominal de l’investissement sur leur compte à l’échéance.

Une perspective d’autant plus rassurante que rien ne devrait fondamentalement la remettre en cause au cours des années à venir. Et ce, même si (un de) ces trois pays perdai(en)t leur note maximale à brève échéance. De nombreux analystes doutent notamment que la France la mérite toujours. Depuis la profonde crise économique qu’il a traversée et l’aide qu’il a dû apporter à ses banques, l’Hexagone affiche aujourd’hui un déficit budgétaire légèrement inférieur à 7%. C’est presque le double des 3% que les pays de la zone euro doivent viser en vertu de la fameuse norme de Maastricht.

Allemagne
La situation de l’Allemagne est un peu plus confortable. Le déficit budgétaire n’atteint "que" 4% environ et la croissance est soutenue. L’économie allemande a vu son PIB augmenter de 3,6% l’an dernier; elle n’avait plus fait mieux depuis la réunification. À titre de comparaison: la France a dû se contenter de 1,7%. Forts d’une croissance économique d’environ 2% et un déficit de 5%, les Pays-Bas se nichent entre les deux géants européens.

Une possible dégradation de la note de la France ou des Pays-Bas n’aurait toutefois rien d’inquiétant pour les détenteurs de titres. Ces deux pays resteraient parfaitement solvables, mais avec une note un cran moins élevée.

Rendement
Que les obligations allemandes, françaises et néerlandaises présentent toujours une grande solvabilité malgré la crise doit ravir les investisseurs. Revers de la médaille: ils doivent se contenter d’un rendement assez maigre. Une obligation d’État allemande à dix ans n’offre pas plus de 3,15% brut (avant les 15% de précompte mobilier). Pour les titres français et néerlandais, tablez sur 3,50% et 3,30% brut respectivement.

Vu la faiblesse de ces rendements, la tentation peut être grande de se tourner vers des obligations d’État européennes un peu plus rémunératrices. D’autant que leurs rangs ont grossi depuis la crise de l’endettement. Une obligation espagnole à dix ans propose aujourd’hui un rendement brut de 5,5%. Pour un titre portugais doté de la même échéance, vous pouvez compter sur 6,20% brut. Et les rendements sont encore plus intéressants si vous souscrivez à des obligations irlandaises ou grecques: respectivement 8,80% et 11,30% brut. De plus, ces obligations sont très accessibles: tout particulier peut en acheter par l’intermédiaire de sa banque, généralement moyennant une mise minimale de 100 ou de 1.000 EUR.

Le "cas" du Portugal
Le choix semble dès lors vite fait, avec tous les risques que cela implique. Car la profonde crise économique et bancaire de ces dernières années a considérablement détérioré la solvabilité de ces pays. La Grèce et l’Irlande sont sous "curatelle " européenne. Pour éviter une faillite, l’Europe et le Fonds Monétaire International (FMI) leur ont accordé d’importantes lignes de crédit. En contrepartie, ces pays devront procéder à des réformes économiques importantes et à des assainissements considérables au cours des années à venir. Les économistes estiment que le Portugal sera le prochain pays à devoir faire appel à l’aide européenne, peut-être suivi par l’Espagne. L’Espagne et le Portugal affichent un déficit budgétaire d’un peu moins de 10%, la Grèce en est à 13% et l’Irlande, à 30%. De plus en plus, des voix s’élèvent aussi pour restructurer ces dettes, ce qui affecterait alors les détenteurs obligataires (lire l’encadré).

Garanties (européennes)
Les lignes de crédit européennes accordées à la Grèce et l’Irlande proviennent d’un gigantesque fonds d’aide (un peu moins de 440 milliards d’euros): le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ce fonds fournit des crédits relativement bon marché à des pays qui éprouvent des difficultés à trouver de l’argent sur le marché obligataire traditionnel en raison de la détérioration de leur solvabilité. Plusieurs chefs d'État et de gouvernement européens préconisent aujourd’hui une augmentation de la dotation du fonds, afin de créer un filet de sécurité pour l’ensemble de la zone euro.

Ce filet de sécurité pourrait inciter les investisseurs à opter malgré tout pour des obligations espagnoles, portugaises, irlandaises ou grecques à haut rendement. D’autant que les dirigeants européens ont aussi décidé que les investisseurs ne devraient participer à un éventuel défaut de paiement irlandais, grec ou autre que sur les obligations émises à partir de la mi-2013. En d’autres termes: les investisseurs seraient "à l’abri" pour les obligations existantes ou émises jusqu’à cette date.

Grèce
Mais les faits sont tenaces. La création du fonds d’aide européen et la garantie accordée jusqu’à la mi-2013 n’ont pas empêché une nouvelle dégradation de la solvabilité de l’Irlande et de la Grèce. Ainsi l’agence de notation européenne Fitch a-t-elle abaissé la note de la Grèce de BBB- à BB+. Cela signifie que l’agence confère aux obligations publiques grecques le statut de "junk bonds"(obligations de pacotille).

Et toujours en dépit des mesures prises à l’échelon européen, la même agence a abaissé la note de l’Irlande de trois échelons, de A+ à BBB+. Cette décision reflète les coûts supplémentaires liés au sauvetage des banques irlandaises et la conjoncture économique incertaine.


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Netto, 29/01/2011

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